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"El dorado ", c’est l’ " homme doré " qui, selon une vieille légende indienne, régnait, enduit de poudre d’or, sur un royaume fabuleux quelque part en Californie, qui était peut-être une préfiguration de Hollywood ! C’est le nom choisi pour la plus flamboyante des automobiles : la CADILLAC ELDORADO.

Eldorado Brougham 1958

Les années cinquante sont vraiment l’âge d’or de la CADILLAC. En 1953, la firme, fondée en 1903, a fêté son jubilé d’or. Ses emblèmes : le " V " (pour V8) et le blason (signalant son caractère aristocratique) seront désormais dorés. CADILLAC a également adopté ses caractéristiques de style les plus célèbres : les ailerons arrière et les " obus " chromés à l’avant. C’était un souvenir de l’avion Lockheed P38 Lightning, un chasseur bi-poutre de la Seconde Guerre Mondiale, qui avait eu le don de fasciner Harley Earl, le styliste en chef de la GM. Le P38 avait inspiré plusieurs études de style qui donneront leurs lignes auxEldorado Biarritz 1957 et convertible type 62 de 1959 CADILLAC d’après-guerre. Ses dérives de queue donneront naissance aux fameux " ailerons " et ses casseroles d’hélices aux énormes butoirs fuselés des pare-chocs. Un autre avion Lockheed a sans doute influencé les CADILLAC, le quadrimoteur Constellation. On retrouve l’élégante courbure de son fuselage sur les ailes du modèle de prestige de la GM.

Les premiers " jets " firent vite oublier à Earl les avions à hélice. Les ailerons prendront une flèche de plus en plus accusée, les entrées d’air factices se multiplieront et, pour compléter l’illusion, l’échappement débouchera dans des " tuyères " sous les ailerons. Harley Earl s’inspirera aussi du cockpit des avions de chasse pour créer le pare-brise panoramique.

La première ELDORADO est apparue en 1953. C’était une version modifiée du cabriolet de la série 62. La différence la plus notable était le prix : Eldorado 1953 lors d'un rassemblement ACCF. "The must" : 532 ex. seulement..l’ELDORADO coûtait près du double du modèle normal, 7800$ contre 4100$. Pour ce prix, le client bénéficiait d’un pare-brise panoramique, monté pour la 1ère fois en série (en même temps que sur la CHEVROLET Corvette) et de portières spéciales marquant un décrochement sur les côtés de l’habitacle, à l’imitation (mais de très loin) des voitures de sport anglaises. Il s’y ajoutait des garnitures intérieures spéciales, un cache-capote de la couleur de la carrosserie et tous les équipements imaginables, depuis les pneus à flancs blancs jusqu’à la radio à tête chercheuse.

Il fallait encore ajouter le privilège de posséder la plus chère des voitures américaines. L’ ELDORADO donna alors son titre à une pièce de théâtre de Broadway : " La Cadillac en or massif ". Elle méritait bien son nom qui, entre parenthèses, ne figurait nulle part sur la voiture : à chacun sa façon d’être discret.

L’ELDORADO ne trouva que 532 clients cette première année (1953). Visiblement, elle ne se distinguait pas assez des modèles ordinaires pour justifier sa différence de prix. C’est pourtant le modèle 1953 qui donna son prestige à toute la lignée...

autre Eldorado 1953, place de la ConcordeDès l’année suivante, le pare-brise panoramique fut généralisé à tous les modèles. L’ELDORADO ne se distinguait plus du cabriolet normal que par ses équipements. A l’intérieur, le chrome recouvrait jusqu’à la pédale de freins. L’ELDORADO descendait cependant de sa tour d’ivoire avec un prix réduit à 5750$. La production s’en ressentit avec 2150 exemplaires vendus en 1954. Elle avait maintenant des rivales, comme la PACKARD Carribean ou la BUICK Skylark, mais comme l’a dit Oscar Wilde, l’imitation est la plus sincère forme de flatterie.

La GM crut sans doute que l’ELDORADO s’était rapprochée un peu trop des modèles ordinaires. L’année suivante, la différence fut réaffirmée avec vigueur avec, à l’arrière, une paire d’ailerons en flèche surmontant des feux jumelés prolongés par un carénage fuselé. Le reste de la carrosserie restait identique au cabriolet normal, mais le moteur bénéficiait également d’un traitement spécial. Il développait 270CV, soit 20CV de plus que le V8 normal. Les ventes répondirent favorablement avec un total de 3950 exemplaires vendus dans l’année.

En 1956, l’ELDORADO se dédoubla. Le cabriolet était baptisé BIARRITZ et il s’y ajoutait un coupé dénommé SEVILLE, avec l’orthographe française (Séville) par analogie avec la CADILLAC Coupé de Ville. Les différences avec les CADILLAC normales restaient subtiles : un ornement de capot inspiré de la " cocotte " des VOISIN d’avant-guerre, des roues en alliage léger, pas de cache roue arrière. Tels étaient les indices les plus évidents signalant que le propriétaire d’une ELDORADO avait payé sa voiture 1500$ de plus que son voisin pour une CADILLAC normale.

La Séville eut un succès immédiat, récoltant 3900 commandes contre 2150 pour le cabriolet.

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